Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

Publiée à titre posthume, cette courte histoire fantastique de Michel Bernanos [1923-1964] a été pour moi une découverte inattendue des plus agréable. Acheté dans un sous-sol d'église à 50 sous, je ne croyais pas si bien faire en acquérant ce petit livre qui n'avait l'air de rien. Et pourtant aussitôt lu le premier paragraphe, j'étais conquise et il n'était plus question que je le délaisse sans en avoir vu la fin. Au départ, je ne voulais pas écrire d'article sur ce petit livre sur mon blog, mais c'était bien avant que je le lise. Celui-ci est très riche, autant sur le plan humain (relation des deux personnages principaux) que sur le plan fantastique (la découverte de l'étrange île).
Sur le plan humain, l'histoire met en scène des personnages qui n'avaient rien en commun : un adolescent, le narrateur, et Toine, un vieux cuisinier de galion. Celui-ci prendra sous son aile le jeune garçon molesté par l'équipage du navire sur lequel il s'est embarqué après une soirée de beuverie. La vie est tranquille sur le navire, l'adolescent pèle des patates et passent sont temps avec le cuisinier, l'équipage finit par ne plus s'occuper de lui. Puis, arrive la catastrophe qui mènera les nouveaux collègues à vivre la plus étrange aventure de leur vie : les vents se sont arrêtés dans un endroit de l'océan exempt de courants. Pour un navire à voiles, c'est un cauchemar. Les jours s'écoulent et la misère commence à apparaître : l'eau et les denrées diminuent dramatiquement, le rhum coule à flots et la folie s'empare des marins perdus brulés par le soleil infatigable. « Pendant ce temps, Toine et moi nous nous nourrissions d'un peu de farine demeurée à peu près intacte, que le cuisinier avait mis de côté » p. 23. La faim ne quittera plus jamais les personnages, mais ceux-ci partageront toujours le peu de nourriture qu'il trouve. Dans le récit, pas une seule fois les personnages auront des conflits ou de petites mésententes, ils sont comme des âmes sœurs traversant ensemble les obstacles et s'accompagnant partout où le destin les mène.
Ces obstacles sont nombreux, l'un des pires est la démence des hommes face à la faim et à la peur. L'équipage à bout de force, amaigri, atteint du scorbut, plus près des zombies que des êtres humains se mutinera contre le capitaine. « Quel spectacle impressionnant, à la lueur des lampes tempête, que ces visages aux yeux si enfoncés qu'ils étaient pareils à des trous, aux bouches rendues informes par les lèvres monstrueusement enflées ! La plupart de ces malheureux avaient déjà perdu toutes leurs dents. Leur maigreur était telle qu'on se demandait où ils puisaient la force de faire des mouvements désordonnés » p. 24. Pendant ce temps, nos deux comparses resteront encabanés dans la cuisine attendant que la rage meurtrière des semblants d'hommes soit apaisée. Puis les vents sont de retour, mais ils ne sont guère doux et profitables, mais plutôt extrêmement violents. Le galion sera pris dans une tempête monstre, sans capitaine avec un équipage de zombi fini. Le résultat est funeste, le navire est terrassé et émietté, nos personnages sont les seuls survivants de la colère des dieux. Mais leur périple n'est guère terminé, il continuera dans une autre dimension.
Dans la seconde partie, après une pénible dérive nos personnages attachés à des morceaux de bois du navire, souffrant de la faim et de la fatigue, s'échouent enfin sur une terre. Alors que l'adolescent se croit sauvé, Toine avec son expérience constate qu'il y a de quoi de bizarre : « ...je ne m'étais jamais depuis bien longtemps, senti le coeur aussi léger. Pour Toine, il ne semblait pas en être de même. À plusieurs reprises, je l'entendis murmurer : « Un monde à l'envers ; oui, c'est un monde à l'envers.» J'eus même l'impression avant de sombrer dans le sommeil, que ce vieux loup de mer pour la première fois se mettait à prier. » p. 70. Le plus étrange, c'est la teinte rouge des lieux, le soleil, le sable, les montagnes sont rouges. Atterris dans un autre monde, ils devront continuer à se battre pour survivre, mais cette survie sera longue, peut-être trop longue.
Ce qui m'a le plus marqué sur le plan fantastique c'est la description des lieux et surtout des formes de vies. Il n'y a pas longtemps j'ai lu une anthologie sur les créatures et ce court récit s'y serait inséré merveilleusement bien. Sur cette terre étrangère, le sol pulse au rythme d'un coeur infernal, la végétation est menaçante et partout on trouve des restes de signes de société humaine. « Dans chaque hutte se retrouvaient ces mêmes statues de personnages ou d'animaux de toutes sortes. Seules les poses différaient. Les expressions étaient partout affreusement torturées, à l'exception toutefois de celles des enfants qui eux conservaient leurs traits à peu près normaux. Et toujours, au milieu de ces mystérieux musées, gisaient des objets de bois, de pierre ou d'os grossièrement façonnés. [...] De plus, dans chaque hutte, l'emplacement du foyer était chargé de cendres éteintes, et à terre, des gamelles de bois remplies d'aliments desséchés. Comme si un malheur subit avait à jamais figé les habitants de ce village.» p.90-91. Nos personnages nageront alors dans le mystère absolu, chacune de leurs découvertes l'épaissit encore plus, car aucune de leurs interrogations ne trouve de réponses. Pourtant, sur l'île maudite de faibles indices racontent une histoire horrible, mais les personnages sont butés à un monde farouchement obstiné qui ne révèlera ses secrets qu'au moment choisi.
Si vous aimez le fantastique et lire, mais que vous manquez de temps, sautez sur ce livre, vous ne serez pas déçu. Il mêle évidemment le fantastique, l'aventure, l'horreur à la limite et le drame. C'est une histoire noire qui se termine mal, le genre de fin qui laisse une empreinte de sensation étrange dans l'esprit. Un frisson dans le dos se glisse à la lecture des dernières lignes, on ne peut que compatir au destin tragique des personnages et être admiratif face au courage qu'ils ont montré tout au long de l'aventure.
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