Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

La femme de Putiphar (Marabout fantastique, N°519, 1975) est un recueil de nouvelles écrit par Gaston Compère [1924-2008] regroupant douze histoires, dont certaines ont réussi à me faire rire (plus précisément la première et la dernière). Même s'il a obtenu le prix Jean Ray en 1975, ce livre n'a absolument rien en commun avec les œuvres magistrales de Jean Ray. Six prix Jean Ray ont été décernés entre 1972 et 1977. Le but premier était de promouvoir le talent des jeunes auteurs prometteurs dans le domaine du fantastique. Quant à ce livre, il traite surtout des problématiques actuelles avec des personnages plutôt modernes et davantage versés dans la frustration, la vulgarité et l'égocentrisme.
1 - Histoire de la comtesse Louise, 8/10, la comtesse Louise de Millers née Carnivean, une vieille acariâtre, collectionneuse d'anges, achète un jour une statue de Saint Jean l’Évangéliste écrasant un démon du nom de Carnivean. Après l'achat, ses trois plus jeunes enfants meurent de même que son mari. À la fin de sa vie, elle décide d'incanter le démon Carnivean. L'histoire est drôle, salace et noire.
2 - Barbe-bleue soixante-quinze, 7/10, reprise du conte de La Barbe-bleue. En 1975, un homme dépravé à la barbe bleue tue ses femmes les unes après les autres jusqu'au moment où l'une d'entre elles, plus rebelle, trouve un moyen de se soustraire à ce sort funeste. [spoiler] Alice, tel est son nom, se fera aider par les âmes des épouses défuntes, qui sont en fait des âmes vampires, c'est-à-dire qu'elles sucent le sang de leurs victimes. J'ai trouvé cette idée plutôt ordinaire.
3 - Théo-Sophie, 6/10, Un récit écrit dans un style vulgaire avec beaucoup (trop) de jeux de mots. En bref, c'est l'histoire de quatre amis ou connaissances qui décident d'organiser une soirée pour invoquer Asmodée, le démon de la luxure. Évidemment, ça tourne mal...
4 - Absalon-Absalon, 7/10, un docteur refuse de pratiquer un avortement, la femme enceinte, Emily, se tourne alors vers Angie Frey, une femme infâme à la mauvaise réputation. Le docteur conseille alors à Emily de se faire cureter, mais elle refuse. « L'ennui, fit-elle, est qu'il ne tient pas en place. Toujours à vouloir prendre l'air. Tenez, tantôt, au milieu de la séance...Et je vous assure, quand il ne veut pas rentrer, il s'entête, c'est toute une histoire de le persuader. Vous comprendrez pourquoi je ne puis pas accepter de me faire cureter. » (p.87). Le docteur comprend alors qu'Émily réagit très mal à son avortement.
5 - La Disparition du grand nègre, 5/10, Un veuf déménage avec ses deux enfants chez un professeur de CDF, Monsieur Klaudell. À partir de là, Monsieur Klaudell part en voyage pendant deux semaines, durant ce temps on en apprend sur les enfants et le père de famille à coup de « Pouette-pwette-pirouette ». Le but est sûrement de rendre les enfants mignons, mais bon dans mon cas, ça ne fonctionne pas. Notons que l'auteur est très fort sur les jeux de mots et les phrases poétiques sans sens.
6 - Reperiens quem devoret, 6/10, Un écolier s’ennuie sur les bancs d'école jusqu'au moment où "une petite bête blanche" (J'imagine une souris...) atterrie, dont on ne sait d'où, sur son bureau.
7 - Le Petit pentagone, 6/10, Un mari veut se débarrasser de sa femme contrôlante nommée Margeret, qui, au vu de la description suivante, n'est pas une beauté : « Il faut dire que Margeret a tout de la plèbe : des yeux plus gras que ceux du bouillon de hérisson, un nez qui pour Brown, le voisin, (et pour moi également) évoque le céleri-rave, une bouche en tout point semblable à un sexe d'accouchée ». (p. 117). Il imagine alors à l'aide d'incantation enquérir l'assistance de démons.
8 - Avant d'oublier, 4/10, Je n'ai pas vraiment compris cette histoire, je sais que c'est un homme qui a de la difficulté à dormir, il regarde la télévision avec une fille qu'il traite de putain intellectuelle (le genre très apprécié de Gaston Compère).
9 - La Femme de Putiphar, 7.5/10, Adèle Dubois, une prostituée (encore...) parle du diable en ces mots : « - Le diable, c'est comme mes fesses, il n'arrête pas de travailler ! » (p. 144). Madame Dubois devient, avec l'aide du démon Putiphar, riche et populaire dans sa région et change alors de nom pour Nergale. Putiphar et ses acolytes démoniaques « choisis dans la plèbe de l'enfer » (p.147) ont beaucoup affaire dans le milieu qui entoure Nargale, endroit où le vice, la luxure et les péchés de toutes natures sont maîtres. « En réalité, ce sont les hommes qui tentent le diable. Le diable succombe à la tentation et tente ces créatures qui ne veulent rien d'autre que d'être tentées. » (p.147) Nergale est le parfait objet, tantôt possédé par Nergal lui-même et à d'autres moments par Putiphar ou autres démons. Sans s'en rendre compte, Adèle vit au rythme de ses possessions démoniaques. Quant aux êtres infernaux, à trop travailler, ils se fatiguent au point de devenir « maigres comme des aiguilles à tricoter » (p.162), l'armélécaulsie (une sorte de dépression nerveuse connue en enfer) s'approche de ses pauvres petits diables.
10 - Rosier et le rosière, 4/10, Un jeune homme utilise un démon pour satisfaire ses besoins bestiaux sur la jeune fille d'un riche homme d'affaires.
11 - Cora, 3/10, un peintre est à la recherche de son épouse décédée par l'entremise de ses toiles... ZZZzzzZZZzzzz
12 - L'Armoire de sacristie, 8/10, un collectionneur d'armoires de Sacristie se rend dans une église où il tente de marchander un article qu'il convoite. Il se rend vite compte que le curé et son neveu semblent cacher quelque chose. Avec l'aide de son ami Auguste, il tentera de percer le mystère de cet étrange lieu de culte. Ce récit est parsemé de moments cocasses et savoureux, alors que la fin convaincante m'a fait frissonner.
Sincèrement, j'ai dû prendre tout mon courage pour terminer ce recueil de nouvelles, heureusement la dernière était excellente. Le style d'écriture m’a à la longue ennuyée avec ses superlatifs, ses jeux de mots intempestifs et ses lourdes métaphores. Bref, je déplore la présence trop nombreuse de longues et lourdes parenthèses, dont le seul but est, il me semble, d'amuser l'auteur au détriment du bonheur du lecteur. Aussi, j'ai trouvé le style de certains récits redondants, l'auteur raconte toujours des histoires relatives au même type de personnages, c'est-à-dire des hommes blasés sans passion et des femmes qui ne pensent qu'au sexe. Enfin, le thème des démons est dans quelques histoires trop subtil et pas assez exploité. Il m'est même arrivé de chercher le fantastique dans certains textes, ceux-ci plus proches des délires d'un auteur de la New Wave, que de l'imagination d'un conteur.
Un autre aspect qui m'a un peu ennuyé, c'est le fameux latin dont on en trouve les traces dans la plupart des textes. Je sais que la latin est la langue des démons, mais l'auteur l'utilise à toutes les sauces et n'importe quand. Bref, c'est un autre aspect qui alourdit le texte. En tout cas, ce recueil de nouvelles n'est manifestement pas l'un de mes préférés et j'avoue être très heureuse de l'avoir enfin terminé.
Liens:
Sur Noosfere
La femme de Putiphar dans la blible (wikipédia)
Critique sur Camille Espresso ou l'horreur post-moderne (blog)
L'auteur sur Wikipédia