Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

Ce livre (Marabout, série fantastique, 1972, N°422) écrit par l'auteur français, André De Richaud [1907-1968] est empreint d'un mal-être psychologique. Il est peut-être à l'image de son auteur dépeint dans la préface de Jean-Baptiste Baronian :
« De Richaud a beau faire, De Richaud a beau dire, les autres ne veulent pas de lui. Mais ce qui est grave, ce qui est douloureux, c'est qu'en vérité, lui, De Richaud, n'admet pas les autres.
Les autres le maudissent.
Et lui, il se maudit ! » (Préface, p.7)
Le personnage principal, Cyprien, est aux prises avec un sentiment de culpabilité insurmontable qui le pousse à s'enfermer lui-même dans une bien étrange prison. Le narrateur est Cyprien, il change selon ses humeurs son style de narration, passant de «je» au «il». L'histoire commence lorsque Cyprien décide d'écrire lui-même sur sa vie et plus précisément sur les évènements qui se sont déroulés depuis une journée en particulier, où il a commis la pire erreur de son existence, alors qu'il était âgé de 18 ans. Cette journée marque le début de son calvaire qui le mènera à son enfermement dans une vieille demeure qu'il a dénommé la «Villa Sainte-Farce».
Cet emprisonnement se perdura pendant plus de vingt-deux ans. Dans sa prison il se plaint de tout : « Combien j'envie le prisonnier, le vrai : celui qui apprivoise un remords comme d'autres apprivoisent une araignée ; le prisonnier qui est en quatre murs couverts de dessins obscènes : qui a froid, qui a faim, qui a la colique et qu'on refuse à l'infirmerie. Il vit, lui, au moins. Moi j'ai le monde pour prison, et ma propre vie. » (p.31). Mais que c'est-il donc passé ce fameux jour pour que Cyprien en vienne à envier les prisonniers souffrants ?
Cette journée-là, pendant le cortège de la Fête-Dieu, il s'est affublé d'un masque rouge-sang personnifiant un diable cornu, et il a provoqué une peur bleue aux célébrants en se montrant à une fenêtre. À ses yeux, il a commis un blasphème, l'irréparable devant Dieu lui-même. Suite à cet incident, il lui a été impossible de retirer le masque. Pendant deux mois, il vécut reclus dans sa chambre et malgré les médecins et autres aides diverses, le masque restait soudé à son visage. Une nuit il quitta sa famille, prit le chemin de la forêt et atteignit un combe où une demeure l'attendait. Cette maison sera son refuge pendant plus de vingt-deux ans.
Sa demeure est singulière, du robinet coule un vin qui n'enivre pas, mais qui lui permet de survivre, car la faune et la flore fuit son domaine. Une horloge et une lumière s'activent au coucher du soleil et s'éteignent à son lever. Il en est de même de sa chambre, dont les meubles n'apparaissent qu'au rythme de la nuit. La maison est vide, elle ne renferme qu'une table, une chaise et une bibliothèque qui contient plusieurs exemplaires du même livre, soit Marie-Madeleine de Lacordaire. Au fond de la cuisine, dans un réduit, se cache une porte noire et massive qu'il prend beaucoup de temps à observer.
Cyprien a peur de tout, il n'ose pas, il craint un châtiment encore plus sévère de Dieu que celui qui est tient, donc il reste tranquille dans sa demeure ensorcelée et attend la mort. Elle n'est pas prête d'arriver, car Cyprien ne souffre d'aucun mal, il n'est jamais fatigué, n'a jamais de douleur. Puis il se décide à écrire sa vie, au lendemain, il remarque que l'on a corrigé son texte. À partir de ce moment, les évènements se succèdent, il est amené à espionner une nuit, trois hommes, trois philosophes comme il écrit, dans une maison près de la sienne. C'est la première fois qu'il voit des êtres humains depuis sa captivité. Puis une tête de jeune fille apparaît dans son salon, elle jacasse beaucoup et en profite pour lui raconter une histoire se déroulant durant la Révolution française. Son récit occupe un chapitre du livre intitulé "Récit de la jeune fille". Mais il se tanne d'elle, « « Moi qui rêvais, pensait-il, d'une brune jeune fille qui allait à la fontaine ; qui soignait ses vers à soie, je n'ai qu'une tête bavarde qui va empoisonner le peu qu'il me reste d'existence. Et c'est toujours comme ça.» » (p.118). Cyprien s'apitoie sur son sort, au lieu de profiter de la présence nouvelle, il la maudit, car elle ne correspond pas à ces pensées.
Ensuite, il est confronté à un double de lui-même enfermé de l'autre côté de la fameuse porte noire. Ce double souffre de la faim et de la soif et semble encore plus désespérer que Cyprien lui-même. Chaque fois que quelque chose de nouveau se produit, Cyprien reste passif face à la situation, il ne se révolte pas, il ne cherche pas à s'en sortir ni à provoquer quelque chose. Cyprien personnifie l'individu qui se punit lui-même, celui qui accepte son sort et le mérite. Il ne combat pas contre la situation, il la vit, la médite et la réfléchit sans entrer dans l'action, car la peur le tenaille. Il craint de toujours porter le masque et il n'ose pas se regarder dans les flaques d'eau ou dans les vitres de peur d'apercevoir son ignoble tête.
En conclusion, ce récit est vraiment une métaphore des hommes et des femmes qui se morfondent sur leur sort. Ces derniers, comme Cyprien, restent dans le monde des idées sans essayer de provoquer une action qui pourrait mettre fin à leur situation désagréable. Au contraire, il l'apprécie, car celle-ci est sécurisante, car elle est connue. Cyprien n'utilise pas à son avantage les évènements nouveaux (réunion des philosophes, apparition de la tête de la jeune fille, etc.). En effet, ceux-ci l’inquiètent et l'insécurisent, il craint de perdre sa quiétude et le contrôle sur sa vie monotone. Les changements font peur à certains, même lorsqu'ils sont bénéfiques, Cyprien est l'exemple même des personnes qui se maintiennent enfermées dans leur univers négatif et qui ne cherchent pas à se libérer.
Liens:
Sur Noosfere
Sur Un dernier livre avant la fin du monde
Sur Mylittérature (blog)
André De Richaud d'Érudit.com (pdf)