Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

L'autre côté (Éditions Marabout, série fantastique, N° 404, 1972) écrit en 1908 par Alfred Kubin [1877-1959] est également un grand classique du fantastique moins connu cependant que L'étrange cas du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde, dont je viens de terminer l'article. Néanmoins, il figure parmi la liste des livres de fantastiques à lire pour ceux qui s'intéressent au genre. Le livre est agrémenté de dessins de l'auteur lui-même. C'est toujours plaisant de lire des romans illustrés.
Un narrateur trentenaire (son prénom n'est cité nulle part, donc ça va être «Il»), reçoit la visite fortuite de Franz Gautsch, ce dernier est le mandataire de l'un de ses amis d'enfance devenu plus que millionnaire, Claus Petera. Le but de Franz est de lui transmettre le message de son supérieur (ou le Maître), soit une invitation à visiter le pays qu'il a créé de toute pièce, l'Empire du Rêve, dont Perle est la capitale (une carte de la ville dessinée par l'auteur se trouve à la fin du roman). Les gens qui y habitent sont appelés « les hommes du Rêve » ou « les Rêveurs » et « tout y est organisé sur une vie spiritualisée au suprême degré » (p.10). Cette société est dépeinte de façon merveilleuse par Franz, si bien que le personnage principal réussit à convaincre sa femme de l'accompagner pour ce singulier voyage vers l'Asie. Le couple embarque alors à bord du mythique Orient Express, premier transport parmi une multitude d'autres, qui les conduira vers le mystérieux et secret Empire du Rêve. Ce voyage est nécessaire, car « voyageurs nous le sommes tous, sans exception. [...] Si fatigué que tu sois déjà, tu dois participer au mouvement, toujours, toujours... Il n'est de repos véritable que lorsqu'on a émigré. [...] Nombreux sont ceux qui ont déjà parcouru le monde et qui ne veulent plus voyager, ou gisent malades dans leur lit ou qui ne peuvent plus voyager, et voyagent en esprit, en imagination ; ceux-là aussi vont loin, très loin... mais s'arrêter, non, il n'en est pas question.» (p.39). Ainsi donc, le voyage insolite du couple s'inscrit naturellement et instinctivement dans leur destinée.
À Perle, on trouve de tout : « ... des êtres fins et d'une sensibilité excessive. Les idées fixes, pas encore trop envahissantes, telles que passion de la collection, fièvre de la lecture, démon du jeu, [...] Chez les femmes c'est l'hystérie que l'on rencontrait comme phénomène le plus fréquent. [...] de beaux types de buveurs, des malheureux en lutte avec eux-mêmes et avec le monde, des hypocondriaques, des spirites, [...] des réfugiés politiques, ou même des criminels poursuivis à l'étranger, des faux monnayeurs, des voleurs, [...] Le cas échéant une tare physique bien voyante donnait aussi qualité pour être appelé au Pays du Rêve. De là les multiples goitres de cent livres, les nez en grappe de raisin, les monstrueuses gibbosités. » (p.52 et 54). En bref, c'est comme si le maître s'évertuait à posséder dans son Empire, tous les types d'individus possibles à l'unité, et non en masse.
Le nom de ce pays est loin d'être exact, le soleil ne transperce jamais les nuages et « tout ce qui s'offrait à la vue dans l'Empire du Rêve était morne et terne » (p.69). Le couple a habité pendant 3 ans dans cette société loin du Pays des Merveilles. Il me serait difficile de décrire le Pays du Rêve, il faut lire l'ouvrage pour avoir une bonne vue d'ensemble. En tout cas, le couple finit pas s'y installer en trouvant un appartement à leur goût et un emploi leur permettant de vivre dans cette société sans vie économique réelle.
Deux ans plus tard, rien ne va plus, en se rendant au Faubourg, Il commence à comprendre ce qui se passe : « Tout l'État du Rêve était soumis à un sortilège, il y avait une relation entre les terreurs et les incidents indéniablement humoristiques qui survenaient dans notre vie. Le maître était réellement caché derrière tout et il se manifestait en secret plus fréquemment qu'il ne plaisait. [...] Où étaient les limites de la puissance ? Il m'était impossible de le prévoir, car j'avais encore assez de preuves qu'il communiquait aussi ses impulsions à tout le règne animal et végétal. » (p.135). Donc, Petera est une sorte de dieu omnipotent qui contrôle tout ce qui vit dans le Pays du rêve. L'image suivante (illustration de l'auteur, p. 136) représente le dieu-maître, qui avec ses multiples bras, gère l'existence des êtres vivants qui peuplent le Pays du Rêve.

Source : Cairn.info (voir liste des liens plus bas)
L'arrivée d'un Américain, Hercule Bell, extrêmement riche bouleverse alors la vie quotidienne des habitants de l'Empire du Rêve. Bell essaie de réveiller la population face aux divers problèmes qui l'accablent. En effet, tous les citadins semblent touchés par une maladie mentale et manifestent, pour la plupart, des tics nerveux. L'atmosphère s'est assombrie, les gens sont angoissés, ils hurlent dans la nuit, se droguent et n'ont plus de morale. « Conséquences des débauches et des orgies, les nerfs des habitants du Pays du Rêve avaient atteint un état de délabrement effroyable.» (p.159). Petera n'ayant pas répondu à ses offres, l'Americain, décide de se lancer contre lui en politique. Son but est donc de le renverser, enfin de devenir lui-même le maître du Pays du Rêve. Ainsi il s'allie avec plusieurs habitants et crée la Société Lucifer.
Puis diverses calamités touchent alors les habitants du Pays du Rêve. Pendant 6 jours, ils sont affectés par une narcolepsie, ce qui amène les animaux à prendre la vile d'assaut. Ces derniers y règnent désormais en maître, et il ne viendrait à l'idée de personne de les agacer, tant ils sont menaçants. Mais ce n'est pas tout, d'autres catastrophes viennent troubler la société de l'Empire du Rêve : des insectes ravageurs dévastent les récoltes et certains animaux plus féroces attaquent sournoisement les hommes pour les dévorer. Pire encore, la végétation se meure et les objets inanimés semblent avoir contracté une maladie, car tout pourrit, se désagrège, se décompose, autant les maisons, que les vêtements ; « La mort tissait son œuvre obscure. » (p.185). Bref, l'Empire du Rêve s'écroule. En ce moment-ci du récit, je me demande pourquoi tout le monde demeure dans ce pays maudit. La réponse est donnée... ils n'ont pas le courage, ils ont peur, sûrement de Petera et de sa vengeance. Comme des individus au cerveau lavé impliqués dans une secte, ils ne voient pas les issues possibles, ils sont cloîtrés dans leur univers fatidique.
Le personnage principal, dont on ne connaîtra jamais le nom, se libère un peu malgré lui du Pays des Rêves. Quant à Petera, son mystère ne sera jamais élucidé, il reste une énigme. La dernière phrase de l'épilogue, « LE DÉMIURGE EST UN ÊTRE HYBRIDE » (p.253), est la constatation que le personnage principal fait de son dieu, un être qui possède que la moitié du pouvoir, l'autre moitié étant détenu par l'être vivant. Est-ce que Petera était un démiurge selon la définition donnée ? C'est difficile à dire, car Petera semblait tout contrôler, et pas seulement la moitié. L'autre côté, est un roman philosophique et spirituel, il pose plusieurs questions sur le libre arbitre et sur les valeurs qui délimitent ce que l'on croit être le bien et le mal. C'est un livre qui mélange l'horrifique, le paranormal et le mystère, je l'ai lu en quelques jours, tant il était passionnant.
Liens:
Sur Noosfere
L’œuvre, sur Wikipédia
Sur Charybde 27: le blog
L'animal, l'homme et le monstre dans l'univers onirique d'Alfred Kubin, sur Cairn.info