Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

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Les sables de Mars (CLARKE, A. C.)


Les sables de Mars s'inscrit dans la trilogie de l'espace d'Arthur C. Clarke, ce roman est de loin le meilleur des trois et le dernier qui me restait à lire (liens des autres ouvrages vers mon blog : Lumière cendrée, Les îles de l'espace). Écrit à la Clarke, l'ouvrage est comme les autres, parsemé de descriptions scientifiques longues. Par exemple, il décrit en détail le fonctionnement d'une machine ingénieuse ou bien le processus technique derrière une innovation technologique. Ça reste néanmoins le livre le plus accessible et humain des trois; les personnages ont des vies et certains expriment même des émotions !

En bref, c'est l'histoire de Martin Gibson, un écrivain de science-fiction qui se rend sur Mars à bord du vaisseau spatial Arès. Durant près de la moitié du roman, on suit le personnage dans son voyage calme et monotone vers Mars. Dans cette première partie, on se familiarise avec les personnages, surtout Jimmy, le plus jeune membre de l'équipage. Pendant ce temps, Gibson profite de son temps libre, pour écrire certes, mais aussi pour mettre à jour ses connaissances en aérospatiale. Il entretient des conversations intéressantes avec les membres de l'équipage, dont celle-ci avec le capitaine Norden :

« - [...] C'est toujours pareil avec ces vieilles histoires. Rien n'est plus périmé que la science-fiction d'hier, et Jules Verne appartient à celle d'avant hier. 
Gibson sentit la nécessité de défendre son métier.
- Ainsi, vous ne croyez pas que la science-fiction puisse jamais avoir une valeur littéraire permanente ?
- Je ne le pense pas. Elle peut parfois revêtir une valeur sociale lorsqu'elle vient d'être écrite, mais elle paraît toujours grotesque et archaïque à la génération suivante. Regardez par exemple, ce que sont devenus les histoires de voyages intersidéraux...
- Allez-y, continuez, ne vous occupez pas de mes opinions.
[...]
- Très bien, dit Norden. Voyons donc ce qui s'est passé dans cette branche. Jusqu'en 1960 - peut-être 1970 -, on écrivait encore des romans sur le premier voyage dans la Lune. Ils sont complètement ridicules à présent. Lorsque la lune fut atteinte, il fut de bon ton d'écrire sur Mars et Vénus pendant quelques nouvelles années. De nos jours, ces récits sont également périmés; on ne les lit plus guère que pour se payer un pinte de bon sang. [...]
- Pourtant, le thème du voyage dans l'Espace est toujours aussi prisé...
- Oui, mais ce n'est plus de la science-fiction. C'est, soit de la simple actualité, comme les textes que vous transmettez à la Terre, soit de la pure fantaisie. Pour intéresser, l'action doit se dérouler à l'extérieur du système solaire, et elle pourrait tout aussi bien appartenir à un conte de fées. La plupart de ces romans ne sont d'ailleurs que cela.
» (p.59-60)

En lisant ce livre, j'ai rapidement compris que Gibson personnifie Clarke, bref la pensée du personnage reflète celle de l'auteur. Donc, si je résume bien cette discussion, contrairement à Norden, qui personnifie la société en général, Gibson croit, pour reprendre son mot, que la littérature de science-fiction sera toujours prisée même après la découverte de la technologie permettant les voyages spatiaux. Je perçois en lisant cet échange que Gibson trouve douloureux l'opinion de Norden. Peut-on prétendre que les voyages spatiaux sonneront le glas à la littérature de science-fiction ? L'auteur s'interroge sur le sujet. Mais, est-ce que les voyages spatiaux sont l'unique thème développé par  la science-fiction ? En plein âge d'or, plusieurs auteurs de S-F le croient.

La seconde partie du roman se déroule sur Mars. On suit un Gibson qui s’ennuie et dont le seul souhait est de sortir à l'extérieur des dômes. Sauf qu'en dehors de ceux-ci, l'environnement est hostile à la vie humaine. À l'extérieur, il est obligatoire de porter un masque à oxygène. Durant ses sorties, Gibson découvre les dunes de Mars et ses plantes extraordinaires qui suivent le rythme du soleil. Lors d'une sortie en avion particulièrement longue, l'équipage composé de Gibson, Hilton l'astronaute et Jimmy le stagiaire s'écrase après avoir rencontré un effroyable ouragan martien. Pendant une expédition à l'extérieur, dont le but est de lancer un appel de secours, Hilton et Gibson tombent sur des créatures vivantes dotées d'une intelligence. Ils ne s'entendaient pas à ça, en effet « la vie animale était impossible sur Mars. C'était une question de métabolisme : les animaux consomment beaucoup plus d'énergie que les plantes et ils ne peuvent donc pas subsister dans cette atmosphère rare et pratiquement inerte. [...] depuis dix ans, cette question était considérée comme réglée, sauf par certains romanciers obstinés. » (p.178) (tel que Clarke...). Ces petits êtres sont herbivores et inoffensifs et ont une apparence très mignonne : « ...elles ressemblaient à des kangourous assez grassouillets, avec leur corps presque sphérique équilibré sur des deux grandes et minces pattes de derrière. Aucun poil ne les recouvrait, et leur peau avait un curieux poli, comme celui du cuir bien entretenu. Deux maigres avant-bras, qui semblaient entièrement flexibles, prenaient naissance à la partie supérieure du corps et se terminaient par des mains minuscules semblables à des serres d'oiseaux, mais trop débiles, semblait-il, pour être d'une grande utilité pratique. La tête s'emboitait directement sur le tronc, sans la moindre trace de cou, et comportait deux grands yeux pâles aux larges pupilles. Il n'y avait pas de nez, mais seulement une bouche triangulaire très bizarre comprenant trois espèces de chicots qui malaxaient rapidement le feuillage. Une paire de grandes oreilles presque transparentes pendaient mollement de chaque côté de la tête. » (p.180). Un enfant de l'espèce en question sera pris d'affection pour Gibson qui le nommera ScouÏk.

Le roman se termine, comme bien des ouvrages sur Mars, sur le début de la terraformation de la planète. Le voyage sur Mars de Gibson aura été très enrichissant pour lui, autant sur le plan professionnel que personnel. Le monde ou plutôt le système solaire est petit, et les détours de la vie nous ramènent souvent au passé non résolu. Comme je l'ai déjà mentionné, ce livre a été mon préféré de la trilogie de l'espace, on suit un écrivain de S-f dans son premier voyage dans l'espace, ses péripéties ne sont pas extraordinaires, mais sont plutôt le reflet de ce que serait la vraie vie si les voyages interplanétaires étaient possibles. On s'imagine un Arthur C. Clark voyageant vers Mars à la découverte de ses romans, une parcelle d'imaginaire reliée à un monde de vérité.  

Liens :
Sur Noosfere
Sur l'autre face du monde
Sur culture martienne (blog)

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