Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

Publicité

Ravage (R. BARJAVEL)

Ravages.jpgTout un mixte que ce roman légendaire écrit par René Barjavel [1911-1985] en 1943. Pour l'époque c'est tout un exploit, on y décèle beaucoup d'innovations technologiques, des idées scientifiques avant-gardistes, mais là s'arrête le côté futuriste de l'oeuvre. En effet, si le côté rationnel (science, technologie, etc.) est bien imaginé, le côté culturel est quant à lui resté à son état brut de 1943. Bref, Barjavel réussit bien la société technologique du futur, mais dans un cadre culturel stagnant où la pensée et les moeurs sont restés au même point que ceux du début du XXième siècle. Effectivement, ce roman est jalonné d'idées misogynes et racistes.

Pour commencer la femme est réduite à un état de figuration, elle est dans un premier temps coquette et écervelée, dans un deuxième temps elle est utilisée comme instrument d'enfantement. Son rôle est réduit à accoucher et à pourvoir au besoin de l'homme qui contrôle toutes les sphères décisionnelles. Barjavel a bien senti la révolution industrielle, mais aucunement perçu la révolution des moeurs et pourtant il a écrit ce livre en plein dans cette période de l'histoire où la femme commençait à s'émanciper et à prendre plus d'espace dans la société. Bref, lorsqu'on lit Ravage il n'y a aucun doute que ce roman a été écrit par un homme friand d'innovations technologique, mais qui n'a aucune espèce d'idées de l'évolution sociale de sa propre société.

«François arrivait au terme de difficiles études. Blanche avait passé par la filière de l'enseignement féminin, et suivait depuis six mois les cours de l'École nationale féminine, qui préparait, physiquement, moralement et intellectuellement, des mères de famille d'élite (p.44).»

Donc, concernant l'histoire c'est en très bref le récit d'une société industrialisée qui sombre dans le chaos suite à une catastrophe, dont la nature est indéterminée. La crise affecte tous les éléments qui sont de près ou de loin technologiques, l'électricité disparaît subitement et le fer tombe en miettes. Donc, les membres de la société retournent du jour au lendemain à l'âge de pierre. En effet, les villes prennent en feu, la canicule est étouffante, le choléra refait surface, la famine et la misère termine ce tableau macabre apocalyptique. Le seul moyen d'échapper à toutes ses souffrances est l'exode urbain.

«Sept hommes, trois femmes, quatre chevaux pénétrèrent dans le cadavre de la forêt. Cent millions de troncs perçaient la couche de cendres, dressaient leur colonne de marbre noir. [...] Les hommes enfonçaient dans la cendre jusqu'aux genoux. Chaque pas la soulevait en gerbe. Les sabots des chevaux la projetaient en avant. Elle enveloppait la caravane d'un coton. Les lambeaux d'étoffe pressés sur les narines arrêtaient le plus gros de la poussière. Mais les chevaux ne cessaient d'éternuer et de renâcler. Nul n'osait parler de sa soif. La salive mêlée de cendres craquait sous les dents. Ils marchèrent pendant des heures. Il secouait de temps en temps la couche grise qui les couvrait. Ils marchaient droit vers le sud. Ils ne savaient ce qui les torturait le plus, de leur chair cuite, de leurs pieds saignants, de leur palais sec, de leurs yeux écorchés. (p.252)»

Parmi les autres fléaux, il  y a une mystérieuse maladie qui affecte les filles vierges ! À quoi sert cette idée saugrenue (je reste polie, mais j'en ai eu lu des livres de sci-fi, et cette idée est la plus idiote que j'ai lu) dans le déroulement du récit ? Aucune idée, en fait j'en ai une, un peu loufoque comme l'est tout le reste. En fait, je crois que Barjavel voulait rassurer ces lecteurs mâles que la petite copine (une dénommée Blanche) du héros despote principal (un dénommé François) était bel et bien restée pure durant sa brève pérégrination dans le milieu dépravé que sont les arts et les spectacles.

Concernant le personnage principal, une fois la catastrophe abatue sur la société ce dernier se transforme aussitôt en mégalomane et tueur sans pitié. Aucune transition dans la pensée du personnage, il passe du jeune homme manipulé et amoureux de Blanche, qui est quant à elle à l'aube du succès international, à un homme qui tue son prochain sans sourciller prétextant qu'il le doit pour la survie du groupe dont il a pris le contrôle. Il va même jusqu'à tendre la hache à l'un de ses comparses un peu plus récalcitrant à tuer des humains, enfin de l'endurcir face à la vie difficile qu'ils doivent désormais affronter.

«Si nous les laissons partir, répondit François, ils risquent de retrouver nos traces, de repérer notre camp et d'ameuter contre nous la populace en dénonçant nos provisions. Je sais que ce n'est pas drôle de tuer des gens sans défense, mais nous devons, avant tout, songer à assurer notre propre sécurité. Nous vivons des circonstances exceptionnelles qui réclament des actes exceptionnels. Ceux qui sortiront de cet enfer seront peu nombreux. Si nous voulons en être, nous devons nous refuser à toute pitié. (p.200)»

Au centre du roman, Jésus apparaît. Pendant un chapitre on nage en plein délire, on oubli la cata et on entre dans un monde complètement déluré. En fait, le petit groupe rescapé des villes qui flambent et dirigé par le puissant seigneur François fait une halte dans un hôpital psychiatrique. On apprend qu'on y cache des patients qui sont l'objet d'un traitement expérimental. En effet, pour annihiler leur folie, ils sont irradiés par un rayon spécial. Mais une fois que le traitement est interrompu, leur folie se transforme en vérité. L'exemple classique y est racontée : un patient qui se prenait pour Jeanne d'Arc meurt brûlé. Bref, la pensée transforme l'objet de la folie en réalité. Donc, comme l'électricité a disparu, les fous ne sont plus irradiés. Le petit groupe rencontre donc un gars qui se prend pour Jésus, ce dernier fait des miracles et un gars qui s'imagine être la mort. Je vois dans cet intermède une explication possible de la catastrophe.

«Le fou n°2, soustrait brusquement à la cure par la disparition de l'électricité, avait réagi comme les autres. Il s'était créé les plaies du Christ, il s'était créé même sa mort, ou peut-être un apparence de mort, et maintenant... Le dément lentement s'était levé, s'approchait des deux hommes. Il leva la main, il ouvrit la bouche, il parla : Hommes de peu de foi, dit-il d'une voix grave, pourquoi cet étonnement ? N'ai-je pas déjà ressuscité ? (224-225)»

*******Attention scoop de la fin, ne pas lire si vous n'avez pas lu le livre***
Et la fin du roman ? Barjavel fantasme complètement. La technologie n'existe plus, on brûle les livres, on retourne à la terre. Plusieurs personnes ne savent pas lire, car l'éducation est désormais à son plus bas niveau, l'essentiel étant de savoir compter ses brebis. Le progrès est aboli, on recule vers un moyen-âge souhaité. Les hommes contrôlent tout et les femmes enfantent. Qui plus est la catastrophe a favorisé les femmes, donc chaque homme doit selon le grand chef François devenir polygame pour la continuation de l'espèce humaine. Ainsi chaque homme possède son harem de femmes (6). Quant à François ses femmes lui donnent plus de 120 enfants, et ce dernier peut se réjouir car parmi sa progéniture, une seule femme a vu le jour. Ce François, c'est le summum de la virilité !

«À cent vingt-neuf ans, François vient de remplacer sa septième femme par une fillette de dix-huit ans qui, cinq mois après les noces, a revêtu avec orgueil la robe rouge des femmes enceintes. (p. 294)»
*****Ok les scoops sont terminés***

Je ne critique pas l'auteur du roman, mais le roman lui même. Je sais que l'auteur est un homme bien qui a écrit plusieurs autres oeuvres qui ne véhiculent pas nécessairement les mêmes valeurs que dans ce roman.  Ravage est un roman fortement analysé en France, il a été traité sur toutes les coutures, sur Internet les critiques foisonnent. Dans mon cas, j'ai peut-être prit le livre au pied de la lettre, mais derrière ce roman je ne peux m'empêcher de voir les idées d'un homme qui redoute le progrès. Ayant été écrit durant la deuxième guerre mondiale, je ne peux que m'incliner et comprendre l'auteur.

Liens:
icons6658877René Barjavel sur Wikipédia
icons6658877Une analyse très complète sur Barjawebstern g03
icons6658877Sur Evene.fr
icons6658877Une petite critique sur Empires-sf

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article