Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

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1984 (G. ORWELL)

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Internet foisonne de résumés sur ce roman qualifié de dystopique (contraire d'utopique). 1984 est une uchronie, un récit sur ce que aurait put être notre passé. C'est un monde parallèle, une autre histoire, différente, dérangeante. Écrit par George Orwell en 1948, ce roman a été fortement influencé par la deuxième guerre mondiale et l'après-guerre. Décédé en 1950, Orwell ne connaîtra jamais l'impact réel de la guerre de Hitler et compagnie, mais nous suggère un avenir sombre si ces dictateurs auraient survécus et conquis le monde. En effet, Big Brothers semble être une représentation de Staline, qui vécu jusqu'en 1953, alors que le "Parti" du roman ressemble fortement au communiste féroce stalinien.

Ce roman que j'ai lu dans la collection Folio (N°822) est sombre et dépressif. Les descriptions d'un monde sale, morne, gris, sans intérêt, ni saveur, ni couleur. Un monde pollué sans art, sans beauté, sans culture, sans folie. Des scènes qui me font penser à un moyen-âge de style industriel, où la pensée n'est pas développée, où l'éducation est réduite, où le peuple s'abreuve des faussetés d'un chef intouchable. 1984 est un recul de l'évolution humaine, un retour en arrière, une désévolution de l'esprit. Bref, c'est un roman défaitiste. Lorsque je lis ce roman, mon esprit fourmille de questions: Où sont les savants ? Où se cachent les intellectuels et les historiens ? Où est l'art, l'esprit de création dont chaque être humain est pourvu sur cette terre ? Où sont les animaux de compagnie ? Comment peut-on réduire la société humaine à ce point ? Comment peut-on annihiler le libre arbitre ?

On dirait que Orwell dépeint une société d'extra-terrestres, comme s'il décrivait le passé trouble d'une société telle que les Vulcains dans Star Trek ou les Visiteurs dans V. Empêcher les êtres humains de ressentir des émotions et de les démontrer, les réduire à des gestes mécaniques, dénoncer la volupté, les gestes amoureux, le rire.... Quel monde fade! Je ne peux adhérer à une telle vision de notre espèce, je n'y crois pas, car c'est trop contraire à notre nature, ce n'est pas connaître l'être humain que décrire un monde comme 1984*. Je préfère ne pas associer ce bouquin à notre histoire, car je déconnecte complètement. Donc, j'ai lu ce livre comme la description d'un autre monde que le nôtre. J'ai essayé de balayer toutes mes connaissances sur l'espèce que nous sommes.

«Commencez-vous à voir quelle sorte de monde nous créons ? C'est [...] un monde de crainte, de trahison, de tourment. Un monde d'écraseurs et d'écrasés, un monde qui, au fur et à mesure qu'il s'affinera deviendra plus impitoyable. Le progrès dans notre monde sera le progrès vers plus de souffrance. L'ancienne civilisation prétendait être fondée sur l'amour et la justice. Le nôtre est fondée sur la haine. Dans notre monde, il n'y aura pas d'autres émotions que la crainte, la rage, le triomphe et l'humiliation. Nous détruirons tout le reste, tout. [...] Il n'y aura ni art, ni littérature, ni science. [...] Il n'y aura ni curiosité, ni joie de vivre. Tous les plaisirs de l'émulation seront détruits. Mais [...] il y aura toujours, à chaque instant, le frisson de la victoire la sensation de piétiner un ennemi impuissant. Si vous désirez une image de l'avenir, imaginez un botte piétinant un visage humain... éternellement.» [p.376-377]

De toute façon, la société de 1984 n'est pas selon moi viable, l'être humain s'est toujours rebellé lorsque ses besoins esentiels n'étaient pas satisfaits où lorsqu'il était contraint à vivre dans la pauvreté. Je ne crois pas que la masse accepterait docilement de vivre dans une société où tous les produits courants sont restreints au minimum. De nos jours, dans les sociétés industrialisées les émeutes et les révoltes sont de moins en moins nombreuses car les besoins de base sont disponibles pour tous, alors que dans les pays sous-développés, le chaos politique est souvent présent. Donc, je ne vois pas comment une société comme celle dépeinte dans 1984 pourrait être viable et acceptée sans l'ombre d'une révolte. Surtout que le membres du Parti travaillent et qu'ils semblent quand même presque aussi pauvre que le Prolétaire. Comment peut-on penser qu'on pourrait effacer l'histoire d'avant Big Bothers ? Comment effacer la religion, s'il y a un filon dur, c'est bien celui-ci !

1 semaine plus tard :
Lorsque j'ai écrit cette réflexion sur 1984, je n'avais lu que la moitié de la partie 1 du bouquin (les citations ont été rajoutées après). Aujourd'hui j'ai terminé de le lire. La réponse à toutes mes questions réside dans le concept global qu'est "Le Parti". Enfin, 1984 dépeint le collectivisme russe à son extrême, l'être humain n'existe plus, il est mort, ce qui est reste est "Le Parti", c'est tout. Fini l'amour, la passion, terminé les expériences individuelles et les souvenirs. Ce qui est clairement faux, mais doit être vrai, est tout simplement vrai (Ex: 2+2=5). Pas de réflexions ni d'analyses, sinon c'est l'enfermement et la torture.

«La réalité n'est pas extérieure. La réalité existe dans l'esprit humain et nulle part ailleurs. Pas dans l'esprit d'un individu, qui peut se tromper et, en tout cas périt bientôt. Elle n'existe que dans l'esprit du Parti, qui est collectif et immortel. Ce que le Parti tient pour vrai est la vérité. Il est impossible de voir la réalité si on ne regarde avec les yeux du Parti» [p.352]

Lorsque je relis ma réflexion, une phrase particulièrement intéressante se démarque: «J'ai essayé de balayer toutes mes connaissances sur l'espèce que nous sommes.» En fait pour que "Le Parti" existe c'est exactement ce que font les êtres humains de 1984. Ils oublient le passé, effacent les souvenirs, si Le Parti demande, aussitôt c'est exécuté. Pour comprendre ce livre et la réflexion de l'auteur, en le lisant il faut oublier qui nous sommes vraiment, sinon on ne peut pas accepter ce qui y est écrit.

La beauté de notre monde est symbolisée par le corail enfermé dans sa bulle de verre fondu. La beauté est scellée, on peut la voir, mais on ne peut y accéder. On peut y réfléchir, la regarder, mais jamais l'atteindre, car la beauté et la joie sont des mirages. Pour toucher le corail, on doit briser son enveloppe de verre, et aussitôt qu'on y touche, on le détruit, car il n'est plus protégé. Il est à nu, hors de sa protection de verre. Finalement, il faut voir la beauté, la regarder, mais jamais la toucher, car cela signifie la mort et la destruction. Mais penser dans ce monde est un délit, alors regarder la beauté même enfermé dans sa bulle de verre est un crime.

Je pourrais continuer à analyser ce bouquin jusqu'à demain matin (et même au delà), mais j'ai hâte de commencer à lire un nouveau livre. En conclusion, je suis fière d'avoir enfin lu ce roman, il est excellent. Vraiment, il fait parti selon moi des impératifs à lire dans une vie.

*Au contraire G. Orwell connaît trop bien l'âme humaine. Il en connaît ses faiblesses et son côté sombre, mais également son attachement à l'espoir.

Liens:
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