Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

Ce livre remarquable a été écrit par Walter M. Miller [1923-1996]. Ce dernier s'est suicidé pendant qu'il en rédigeait la suite, L'héritage de Saint Leibowitz qui fût achevé par Terry Bisson en 1997. L’œuvre est divisée en trois parties (Fiat homo, Fiat lux, Fiat voluntas tua), dans chacun d'elle on suit des personnages reliés subtilement entre eux. Les trois récits se suivent dans le temps, même si plusieurs siècles les séparent. Chacun fait évoluer l'intrigue en laissant derrière lui des souvenirs et des fragments d'histoire. La première partie nous met en contexte: l'explosion de bombes nucléaires met un terme à la civilisation, les survivants frustrés ressentent une haine profonde envers l'ensemble de la connaissance. La société surtout composée de simples d'esprit irradiés et de mutants appui l'ignorance et l'illettrisme. Alors on traque les livres et tout support sur lequel il y a de l'écriture, pour le brûler ou le détruire.
Le thème principal de l’œuvre, c'est-à-dire la lutte pour la préservation du savoir, me tient particulièrement à cœur et me fait penser un peu à Fahrenheit 451 de Bradbury (mon livre fétiche numéro 1). Il n'y a rien de plus triste à mon avis que la destruction de la connaissance par l'autodafé ou la mise à l'index. (parenthèse : Je suis troublée par l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie, je suis certaine qu'elle contenait des œuvres qui auraient pu nous éclaircir sur des milliers de mystères historiques. Et combien d'auteurs, de philosophes et de scientifique ne connaîtrons-nous jamais à cause de sa destruction. Je suis certaine que cette journée a eu pour conséquence de reculer notre société de plusieurs centaines d'années. Où serions-nous, si elle n'avait jamais brûlée ?). Ce qui est paradoxal dans ce récit, c'est que ce sont les moines qui ont le devoir de préserver ce qu'ils ne comprennent pas en copiant et recopiant des fragments de pages et des plans quelconques. Je trouve ça paradoxal, car l'église n'est pas très chaude (ou n'était pas...) à la diffusion du savoir autre que ses dogmes. « Les membres de l'ordre étaient des « contrebandiers en livre » ou des «mémorisateurs », selon la tâche qu'on leur assignait. Les contrebandiers passaient en fraude des livres jusqu'au désert du sud-est, et là ils les enterraient dans des petits tonneaux. Les mémorisateurs apprenaient par coeur des volumes entiers d'histoire, d'écrits sacrés, de littérature et de sciences, pour le cas où quelque infortuné contrebandier serait pris, torturé et forcé de révéler l'endroit où étaient les tonnelets ». p.73
Le second thème que je considère comme très important est la démonstration de l'habileté de l'homme à reproduire toujours la même histoire de destruction. On peut résumer ce cercle vicieux ainsi : l'apocalypse, l'extermination de presque l'ensemble de l'humanité, un moyen-âge teinté de profond obscurantisme, une renaissance, la guerre et l'apocalypse de nouveau. Chaque fin du monde est suivie de redécouvertes scientifiques, que l'on croit sur le coup inédite. L'histoire recommence à 0 chaque fois, mais toujours en laissant derrière elle quelques indices que les scientologues écartent de la connaissance, car c'est impossible qu'il y ait eu une société avancée avant la nôtre. Pataugeant en plein évolutionnisme, l'humain ne peut qu'avancer vers l'ultime connaissance jusqu'à se transformer dans plusieurs centaines de milliers d'années en lumière cosmique (sarcasme).
Ce livre nous fait comprendre conscience que rien n'est éternel, tout est recommencement perpétuel : « Alors, sommes-nous impuissants ? Sommes-nous condamnés à faire et à refaire toujours la même chose. N'avons-nous d'autres choix que de jouer les Phoenix, en une suite éternelle de chutes et de renaissances.» p. 275. La vie est un incessant combat qui ne prend fin qu'à notre mort, phrase devenue clichée, mais toujours aussi vraie. Ce qui m'a touché le plus c'est de constater à quel point on peut passer notre vie à la réalisation d'un œuvre magistral sans que sa disparition entraîne une quelconque conséquence sur la société. Je fais référence à la première partie Fiat homo, alors que Frère Francis occupe son existence à reproduire avec de magnifiques et complexes calligraphies un plan d'une machine électrique. Son œuvre disparaîtra dans l'oubli avec lui en ne laissant que des murmures sur la trame du temps.
Finalement, j'ai trouvé ce livre fantastique, il contient une multitude de phrases admirablement bien écrites qui font réfléchir. Incontestablement, ce livre est un classique de la science-fiction, mais pas de la hard s-f, mais plutôt de la s-f du style de Bradbury. Ce livre post-apocalyptique fait peur aussi, car il nous propose un chemin que notre société pourrait emprunter, si on ne se conscientise pas assez sur les dangers de la guerre nucléaire.
Liens :
Sur Wikipédia (article très complet)
Sur le blog Charybde 27
Sur Noosfere