Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

Voici l'un des chefs d'oeuvre de Cliford D. Simak [1904-1988], les critiques sont répandues sur Internet, se plaçant assez haut dans les Top de livres de S-F à lire une fois dans sa vie. En tant que bon internaute, il n'est pas surprenant de constater que plusieurs personnes ont lu ou essayé de lire Demain les chiens. Dans mon cas, j'avais déjà commencé ce livre il y a longtemps, et comme je n'aime pas commencer des trucs et ne pas les finir, j'ai décidé de m'y remettre et de recommencer à lire le roman à partir du début. Cette fois-ci, je l'ai terminé et adoré. L'oeuvre est composée de 8 contes (je n'aime pas trop le terme "conte" pour définir les récits, mais c'est une autre histoire...) que les chiens relatent autour du feu avec les enfants. Ils sont aussi étudiés et analysés par les anthropologues et les scientifiques, avant chaque conte on peut lire le résultat de leur étude qui tourne souvent autour de ces deux questions fondamentales : « Qui sont les concepteurs de ces mythes, les humains ou les chiens ? » Et « Les êtres humains ont-ils réellement existé ? »
Pour le résumé du roman, je vous réfère à l'article sur Wikipédia, certes c'est un peu paresseux de ma part, mais refaire ce qui est déjà fait correctement, je ne trouve pas cela nécessaire. Dans l'article de Wikipédia, chaque conte est résumé succinctement, ce qui est à mon avis parfait.
La première chose qui m'a surpris de Demain les chiens, c'est la diversité des sujets traités, on pourrait croire qu'il serait difficile de maîtriser tous ces thèmes, mais Simak y arrive très bien. Donc, l'auteur explore dans ce roman la culture humaine à son déclin, les mutations génétiques des chiens par les humains, les scientifiques martiens extra-terrestres, des mutants humains dotés, entre autres, d'une longue espérance de vie, les joviens ("habitants" de Jupiter), les mutations génétiques des animaux par les chiens, les robots, les univers parallèles, la cryogénisation, les horlas et je dois en oublier.
Les mondes parallèles et les Horlas
Le thème qui m'a le plus intéressé est tout ce qui concerne les univers parallèles et les horlas, soit des êtres (créatures) issus de ces univers. La définition du horla de Simak ne diffère par de celle de Maupassant. Les humains et les robots prennent connaissance des horlas grâce aux chiens avec qui ils peuvent communiquer depuis le la mutation génétique. En fait, Simak répond à une question que je me pose depuis longtemps : si les animaux pouvaient parler, que nous diraient-ils ? Il est clair que les animaux possèdent certains sens plus aiguisés que les êtres humains, donc il ne serait pas surprenant d'apprendre qu'ils voient ou entendent des choses que nous ne ressentons pas. Les chiens, et tous les animaux en fait, n'ont pas le poids de la culture humaine avec ses règles qui dictent la façon de voir et comprendre le monde. Bref, ils sont mieux disposés pour ressentir : « Ils [les chiens] croyaient ce qu'ils entendaient et percevaient. Ils ne parlaient pas de superstition chaque fois qu'ils aimaient mieux ne pas voir, qu'ils avaient besoin d'un bouclier contre l'inconnu. » p. 211. Ebenezer, le chien, parle de portes invisibles qui séparent les mondes, l'être humain Webster parle de dimensions et les horlas sont les choses qui vivent dans ces dimensions, derrière la porte. « Les horlas, les choses qui sont derrière le mur, qu'on peut entendre, mais pas identifier, les habitants de la pièce voisine. » p. 217
La peur de l'inconnu, de l'invisible, de ce qui n'est pas supposé exister, caractérise l'être humain, mais les chiens, quant à eux observent et écoutent sans tenter de rationaliser et de confiner les choses à l'intérieur de termes folkloriques. « Voilà ce que diraient un homme. On ne comprend pas une chose ? On ne peut pas la voir, la toucher, l'analyser ? Très bien, elle n'existe pas. Voilà tout. C'est un fantôme, un lutin, un horla. [...] On a peur ? Bien sûr, mais on y pense plus quand il fait clair. Et puis ça ne vous hante pas sans arrêt. Il suffit de vouloir assez fort et on n'y pense plus. Il n'y a qu'à en fait un fantôme, un lutin et on peut en rire... quand il fait clair. » p. 217 C'est ça l'être humain, une espèce qui a tellement peur, qu'elle s'enferme dans un monde tronqué, où la moitié est occulté et expliqué par l'entremise de légendes et de superstitions. L'humain préfère ne pas voir la réalité qui n'est pas rationalisable. Ceux qui souhaitent voir et comprendre ce que la société dicte ne pas exister, car non observable et irrationnel, croit en ce qu'on appelle le réalisme fantastique.
Observations
Entre parenthèses, voici deux observations que je tiens à mentionner. Si je prenais le temps nécessaire, je suis certaine que je trouverais une multitude de références non-dîtes dans cette oeuvre de Simak, mais comme je dois passer à autre chose, je n'en citerais que deux. Tout d'abord ces citations : « Ce qui nous a trompés, dit Icabod, c'est notre façon de mesurer le temps. C'est cela qui nous a empêchés de voir les choses comme elles sont en fait. Car nous étions persuadés que nous traversions le temps, alors que ce n'est pas cela du tout. Nous nous déplaçons avec le temps. Nous disions : encore une seconde de passée, encore une minute, encore une heure, encore un jour, alors qu'en réalité la seconde, la minute, l'heure était toujours là. C'était toujours la même. Elle s'était seulement déplacée et nous avions suivi le mouvement. » p. 254 et « La seconde qui est juste derrière nous est en fait une seconde tout autre, un secteur totalement distinct du temps. Nous vivons sans cesse dans la même seconde, dans un minuscule intervalle de temps qui a été alloué à notre monde à nous. » p.253-254. Ces citations me font fortement penser à une phrase que j'ai lue dans Le matin des magiciens, « Pour les disciples modernes d'Einstein, il n'existerait qu'un éternel présent. » p.52. En effet, si on vit dans la même seconde, c'est vivre dans un éternel présent, car le temps n'avance pas, il est c'est tout.
Ensuite cette citation pas très loin en avant des autres mentionnées plus haut : « C'était ce que l'homme avait dit jadis. On ne voyait pas un fantôme, on ne voyait pas un revenant, mais on en sentait la présence. Car l'eau continuait à couler du robinet quand on l'avait bien fermé, des doigts grattaient au carreau et les chiens hurlaient dans la nuit, mais on ne voyait aucune trace dans la neige. Et des doigts vinrent gratter au carreau. » p. 255 Cette citation m'a fait penser à une nouvelle très connue de Maupassant, La peur. Cette excellente nouvelle aborde justement le sujet mentionné dans cette citation, c'est-à-dire la peur angoissante face à une menace invisible.
La fin du monde
Un second thème que je voulais aborder est la cause donnée par Simak pour expliquer le déclin de l'humanité, dans ce cas-ci on ne parle pas de guerre, de surpopulation, de famine ou d'invasion extra-terrestre. En fait, il est davantage question d'un déclin dont l'origine est mystique. Le déclin de l'humanité s'amorce lorsqu'un homme, Kent Fowler, revient d'un voyage sur Jupiter. Il découvre que dans l'atmosphère de cette planète, l'être humain perd toutes ses limitations, tel que l'enveloppe charnelle si douloureuse, pour devenir une pleine conscience éthérée en communion avec l'ensemble. Appelés les Dromeurs, les êtres humains qui ont intégré l'atmosphère jovienne ne désirent plus revenir à leur état antérieur, mais Kent Fowler revient, car il se donne le devoir, même si cela est extrêmement difficile, d'enseigner aux autres humains le bonheur extrême de vivre sans corps dans l'atmosphère jovienne. « Fowler demeurait silencieux, il sentait un dégoût monter en lui à l'idée de reprendre sa forme humaine, de retrouver toutes les limitations inhérentes à l'esprit et au corps humain. » p.152
Il souhaite révéler à la société humaine le paradis dans lequel il a baigné, où il n'est pas nécessaire de manger, de dormir, d'angoisser et de travailler. Il se questionne alors sur la manière de transmettre tout ce qu'il a vécu aux autres, et c'est là que la nouvelle philosophie de Juwain apparaît comme le miracle attendu. En effet, grâce à l'application de la nouvelle philosophie du martien Juwain, les êtres humains peuvent désormais communiquer leurs émotions sans les mots imparfaits. En bref, « avec la philosophie de Juwain, vous serez obligé d'accepter la justesse des idées d'autrui, pas seulement des mots qu'il prononce, mais de la pensée qui est derrière ces mots. » p.171 Ainsi, il sera plus facile pour Fowler d'informer les autres êtres humains de l'état d'extase vécu sur Jupiter, car les mots seuls ne peuvent transmettre la justesse des sensations ressenties.
Fowler informera tout d'abord le président Webster de ses découvertes, mais ce dernier inquiet, prévoit aussitôt les effets et les dégâts sur la société humaine : « Tout le monde voudrait s'en aller sur Jupiter et devenir un Dromeur. Le seul fait que les Dromeurs semblent avoir une vie moyenne de plusieurs milliers d'années suffirait à attirer les humains, même s'il n'y avait que cela. Nous serions assiégés de demandes de gens qui voudraient partir pour Jupiter. Personne ne voudrait rester humain, Il finirait par ne plus y avoir d'humains : tous les humains seraient des Dromeurs. [...] La race disparaîtrait [...]. Elle serait anéantie d'un coup. Tout le progrès réalisé au cours des millénaires serait détruit. » p.163-164. Évidemment Webster voit juste, dans le conte suivant, on apprend qu'il ne reste sur Terre qu'une poignée d'hommes perdue, sans culture, sans organisation, un monde vide d'humains, mais rempli d'animaux pensants et de robots possédés.
Je ne suis pas très impressionnée par les histoires de Sci-fi dans lesquelles les êtres humains rendus à un stade super avancé, se transforment en lumière, en énergie ou comme dans ce cas-ci en fantôme voltigeant dans une atmosphère sans but. En fait, je ne crois pas en une évolution en ligne droite de l'humanité, comme cela est le cas dans l'oeuvre de Simak. Avant le déclin de l'humanité, il n'y avait pas eu de meurtres depuis plus de 100 ans. Une société sans meurtre, ni violence, où tout le monde est végétarien, même les loups, est selon moi impossible. C'est peut-être pour cette raison, que ces histoires sont présentées par Simak comme des contes. Je crois plutôt que les civilisations passent par des phases d'expansion et de déclin, elles reculent et avancent sans arrêt et ce, pour diverses raisons telles que les épidémies, les guerres, les catastrophes naturelles, les invasions extra-terrestres, etc. Selon moi, la civilisation peut disparaître par exemple sous les bombes atomiques et devoir recommencer du presque début, et ce, infiniment, une civilisation qui aurait conscience de ce processus parlerait alors de premier monde, deuxième monde, etc.
Liens:
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Sur Critiques Libres
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