Mon p'tit recoin de l'internet, où j'y présente surtout mes lectures de science-fiction et de fantastique. Aussi, je dévoile quelques écrits, photos, pensées selon mes humeurs, selon l'air du temps.

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Dangereuses visions I (Ant.)

Cette anthologie parue en 1967 est présentée par Harlan Ellison [1934 -]. Les avant-propos sont rédigés par Isaac Asimov, qui malheureusement n'a pas participé à l'anthologie. En fait, celle-ci est supposé ne contenir aucuns récits d'auteurs de science-fiction établis, puisqu'elle a pour mandat de présenter la nouvelle science-fiction, post 1970 environ. Son but avoué est donc de laisser de la place aux nouveaux auteurs. Elle est composée de deux tomes et regroupe 32 nouvelles, de là l'introduction d'Harlan Ellison : 32 magiciens. Chaque nouvelle a la particularité d'être précédée d'une présentation de l'auteur et d'un croquis. Elles sont suivies aussi d'une sorte de postface écrit par les auteurs eux-mêmes dans laquelle il commente leur nouvelle. C'est la partie qui m'intéresse le plus, car il est rare qu'on ait accès aux réflexions des auteurs concernant leurs nouvelles.

Cette anthologie regroupe les meilleurs auteurs de SF qui s'inscrivent dans le courant «New Wave» (période 1965-1980) ou Spéculative fiction, un concept cher à Ellison.

1) Lester DEL REY, Chant du crépuscule (Evensong), 4/10, Après s'être évadé d'une prison située au centre de la galaxie, Dieu se cache et prie que les humains ne le trouvent pas.  Mais Dieu a créé le ciel et la terre en sept jours et le huitième malheureusement, il fut retrouvé par les humains qui le chassèrent du paradis.

2) Robert SILVERBERG, Les Mouches (Flies), 6/10, Une homme, dont le corps a été décomposé lors d'une explosion, se voit reconstruit et transformé par des Êtres d'or, des genres de médecin experts dans la reconstruction. Les Êtres d'or en voulant améliorer l'homme, le rendent plus sensible aux sentiments des autres. Mais leur modification aura des conséquences néfastes sur son comportement. « Ses grandes mains se crispèrent brusquement sur la créature de Ganymède semblable à une couverture. Elle devint terne et grise et des fibres minces jaillirent de sa surface brisée. » p. 63

3) Frederik POHL, Le Lendemain du jour où les Martiens sont arrivés (The Day After the Day the Martians Came), 8/10, C'est une nouvelle que je trouve différente, dans la mesure où elle met l'accent sur un homme qui ne donne pas d'importance à l'arrivée des martiens sur notre planète. La plupart du temps, ce genre d'annonce créé l'émoi parmi les personnages des nouvelles, mais pas dans ce cas. Cet homme, est le gérant d'un hôtel que les journalistes ont envahi dans le but d'être prêt rapidement le lendemain matin pour assister à une conférence au Cap Kennedy. Quant au gérant, ses seules préoccupations sont le bon roulement de l'établissement et la réception de ses dus. L'auteur rejoint la pensée de son personnage principal en mentionnant tout au long du récit des blagues sur les martiens. En bref, on dédramatise la situation et on lui retire son intérêt. « - On pourrait penser qu'il y aurait des histoires nouvelles. Toutes celles que j'ai entendues étaient usées, seulement au lieu de taper sur les Juifs et les Écossais et...et tout, ils les racontaient sur les Martiens.» p.78       

4) Philip José FARMER, Les Cavaliers du fiel ou le grand gavage (Riders of the Purple Wage), -/10, Je ne peux noter cette nouvelle très longue que je n'ai pas eu le courage de lire. Celle-ci a pourtant gagné un prix Hugo, mais son style intense de science-fiction des années soixante-dix m'a rebuté. De plus, le récit est parsemé de phrases en prose pas très convaincantes. Je crois que la poésie n'est pas le point fort de Farmer. Ce qui me rebute vraiment de la SF des années 70 c'est que trop d'auteurs s'amusent follement à écrire leurs textes, alors que les lecteurs s'ennuient mortellement à les lire. Dans leur désir de sortir des conventions, les récits deviennent incompréhensibles. Plusieurs auteurs ploguent des mots et des expressions relatifs au sexe et se trouvent wild. Ils ressemblent à des adolescents qui découvrent la sexualité et deviennent tous excités de ça. Je comprends en même temps, car cette S-F souhaitait devenir autre chose que la vieille S-F scientifique, elle voulait s'ouvrir à toutes les possibilités qui s'offraient à elle. « Fumier et oeuf de coque : le coquatrix se dresse et lance un cocorico, encore deux à venir, dans le flot de sang de l'aube de Je-suis-l'érection-et-le-vit. » p. 84-85

5) Miriam Allen DEFORD, Le Système Malley (The Malley System), 7/10, cette nouvelle se questionne sur le degré de cruauté du crime versus le châtiment. En bref, ce sont des détenus qui, ayant commis un crime grave, sont obligés de le revivre tous les jours. Ce châtiment a un effet dissuasif sur les futurs criminels. 

6) Robert BLOCH, Un jouet pour Juliette (A Toy for Juliette), 7.5/10, dans le futur une relation malsaine entre un grand-père et sa petite-fille mène, grâce à une machine à voyager dans le temps (le voyageur), à l'enlèvement de Jack l'éventreur. Juliette, complètement cinglée tue, viole et décapite pour son plaisir des êtres humains que son grand-père va chercher dans le passé (tels que les marins du Marie-Céleste). Elle les appelle ses jouets, mais alors que le grand-père soupçonne qu'elle fomente son meurtre, il décide de lui apporter un homme aussi diabolique qu'elle. « Dans quel temps ? La continuité est immuable ; un évènement aboutit inexorablement à un autre, tous les maillons de la chaîne qui nous lient au présent et à son inévitable fin dans la destruction. » p.206

7) Harlan ELLISON, Le Rôdeur dans la ville au bord du monde (The Prowler in the City at the Edge of the World), 6/10, la nouvelle de l'anthologiste ne m'a pas impressionnée plus qu'il ne faut, elle s'inscrit dans la suite du récit précédent. Jack L'éventreur poursuit ses meurtres sanglants dans la ville aseptisée de Londres du futur, mais au lieu de semer la terreur, ses crimes divertissent les habitants encore plus dérangés que lui. L'auteur émet l'hypothèse que Jack, ou le révérend Barnett, massacre pour "aider" les autres dans leur foi et leur droiture et ce, en tuant des prostituées pas propres. 

8) Brian ALDISS, La Nuit où se produisit la grande fuite du temps (The Night That All Time Broke Out), 8/10, je vois pas en quoi cette nouvelle est une vision dangereuse, elle ne défie aucune règle, néanmoins je l'ai bien aimé, même si scientifiquement elle repose sur aucun fondement. Donc, des hommes découvrent une bulle de temps dans les profondeurs de la Terre qu'ils peuvent utiliser comme du pétrole. En effet, à partir d'une usine qui distribue le temps dans les maisons, les habitants peuvent gérer la période temporelle de chaque pièce, comme on le fait avec la chaleur par l'entremise d'un thermostat. Donc, par exemple dans la cuisine il peut toujours faire soleil et dans la chambre à coucher toujours nuit. Tout fonctionne bien, jusqu'à ce qu'il arrive une catastrophe. « Mais ils n'avaient pas d'incendies à atteindre, il n'y avait que l'immense geyser de temps invisible qui dominait maintenant l'usine et le village, soufflant aux quatre vents, emportant sur son haleine antimites des générations inimaginables et oubliées.» p. 259

9) Howard RODMAN, L'Homme qui alla dans la lune… deux fois (The Man Who Went to the Moon - Twice), 7.5/10, une histoire vraiment attachante, douce et réconfortante, proche du conte et loin de l'horreur et du macabre. Elle est loin d'être dangereuse, malgré que son but est de nous faire prendre conscience du temps qui passe sur une génération avec la banalisation des nouvelles technologies (Ex. TV). Le temps qui passe, qui ne s'arrête jamais et qui apporte avec lui les êtres humains, les objets et les valeurs qu'on aime. C'est assez angoissant. « Le cheval retira sa tête de la fenêtre et retourna à son pré pour manger de l'herbe. La poule sortit en sautillant, laissant un oeuf sous le fourneau. La maison était déserte mais encore joyeuse. C'était comme si tous ceux qui étaient venus avaient apporté leur bonheur et l'avaient laissé en cadeau, comme la poule avait laissé l'oeuf. » p. 273 

10) Philip K. DICK, La Foi de nos pères (Faith of Our Fathers), 8/10, un mélange du roman de George Orwell 1984 et de l'excellent film Invasion Los Angeles.  Les êtres humains vivent dans une société contrôlé et dirigé par un être suprême (le bienfaiteur absolu). Par l'entremise d'une substance, un anti-hallucinogène, qui neutralise les effets de la drogue dissoute dans l'eau d'aqueduc, il est possible de voir la véritable nature de cet être. Un homme, nommé Thien, un fonctionnaire de l'État, s'aperçoit du subterfuge, mais il ne s'en sortira pas indemne. « En avançant, la chose drainait la vie de chaque personne à tour de rôle; elle dévorait les gens assemblés, passait, mangeait encore, mangeait avec un appétit insatiable. Elle haïssait; [...] Soudain, lui et tous les autres, dans la grande villa, n'était plus que des limaces et sur leurs carcasses écrasées la créature bavait, s'attardait,...» p. 317 

11) Larry NIVEN, L'Homme-puzzle (The Jigsaw Man), 8/10, Une histoire intéressante sur les dons d'organes. À la fin des années soixante, la médecine commençait à transplanter des organes et que je crois que cette histoire est une sorte d'exutoire de la peur représenté par cette nouvelle pratique. Donc, dans ce récit un homme ayant commis des infractions mineures de la route est emprisonné, sa sentence : la mort. En effet, pour combler les banques d'organes, les prisonniers jugés pour la peine de mort sont dépecés et leur organes emmagasinés. Les besoins sont grands...

12) Fritz LEIBER, En poussant les osselets (Gonna Roll the Bones), 8.5/10, ma nouvelle préférée du recueil, plus proche du fantastique que de la science-fiction, enfin ça serait à débat. Je pourrais dire que les allusions à Mars et aux satellites ne sont pas nécessaires dans le texte et devrait tout simplement être retiré. J'ai l'impression que Leiber a voulu correspondre au genre de Ellison en rajoutant ces allusions. Cependant, elles ne font pas avancer l'histoire et sont carrément superflues. Donc, c'est l'histoire de Joe, un homme pauvre qui habite avec sa femme et sa mère dans un taudis. Il excelle dans le maniement des dés et quitte un soir sa famille pour jouer au craps. Là, il rencontre un homme mystérieux avec qui, pour la première fois de sa vie, il ne peut pas gagner. Tout est étrange dans le casino, très observateur, Joe commence à se douter de quelque chose. Le récit est riche et les scènes sont tellement bien écrites que nous sommes absorbés complètement dans l'ambiance du casino. L'auteur dans sa postface fait référence au croque-mitaine pour expliquer en quelque sorte le sens de son histoire. « L'homme en noir, leur maître, c'était lui, l'être redoutable, le genre d'homme dont on savait immédiatement, à le voir, qu'on ne pouvait le toucher et continuer à vivre. Si, sans demander la permission, on posait simplement un doigt sur sa manche, même avec respect, une main d'ivoire jaillirait plus vite que la pensée et l'on serait poignardé ou abattu. » p.357 


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